APESA : un dispositif d’aide psychologique pour les entrepreneurs en souffrance aiguë

Interview de Jean-Luc Douillard

Psychologue clinicien et responsable de la coordination du programme régional de prévention du suicide pour le sud de la Charente-Maritime rattaché au CH de Saintonge, et également co-fondateur d’APESA . Il est l’auteur avec Marc Binnié et Marick Fèvre de « La souffrance de l’entrepreneur ».

Extraits de l’ouvrage
La souffrance de l’entrepreneur

« Si les entrepreneurs souffrent, s’ils se ruinent la santé par excès d’oubli d’eux-mêmes, c’est, qu’accablés d’obligations ou de dettes à l’égard d’autrui, on ne leur rappelle pas l’obligation vitale qu’ils ont à l’égard d’eux-mêmes (Buissonnette et al., 2017) : se préserver. » (Cit. p.15)

« La grande nouveauté du dispositif d’aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë (APESA) est de commencer à reconnaître que l’identité ou la fonction des entrepreneurs est devenue à elle seule un facteur précipitant du risque suicidaire. » (Cit. p.15)

« La souffrance vécue en marge des difficultés des entreprises, comme un symptôme, rappelle à chacun qu’il y a derrière chaque entreprise un être de chair et de sang, avec ses difficultés propres, son histoire personnelle et ses tragédies. Personne n’ayant jamais serré la main d’une personne morale, il s’agit donc moins d’effectuer un retour aux choses mêmes, qu’un retour aux personnes mêmes. Si l’on souhaite une économie « en pleine forme », on ne peut faire l’impasse sur la santé, réelle, de ses acteurs. » (Cit. p.14)

« Ces deux exemples témoignent de rencontres qui n’auraient probablement pas eu lieu si aucune démarche active n’avait été entreprise pour aller au-devant de la souffrance de ces deux personnes. Deux individus dont la seule erreur est d’avoir choisi le risque d’une activité non salariée et qui l’ont payé au prix fort. L’entreprenariat est sous-tendu par un idéal et une projection mettant en valeur la capacité d’un individu à s’investir dans un projet créatif, à mobiliser ses ressources personnelles psychiques, par la sublimation, vers un but. La réalité est souvent décevante à cet égard, car, contrairement à une démarche artistique, l’utopie rêvée doit être confrontée à la réalité pour devenir concrète. Quand une entreprise échoue, c’est un échec personnel, quoi qu’on en dise. Et se retrouver à devoir se justifier devant un tribunal, se sentir en faute en plus d’être en faillite, devoir s’acquitter de dettes lourdes, précipite certains dans une spirale dont ils ne pourront sortir sans une main tendue et un accompagnement bienveillant. » (Cit. p.229)